Le défi…

17 novembre 2011 at 17:17 (Amours de femmes, Liberty, libertine...)

Elle était assise dans le noir, pensive, la tête entre les mains, éclairée par la seule lumière de l’écran.

Il lui avait lancé un défi : il voulait qu’elle écrive un texte érotique. C’était une grande première pour elle. Un exercice difficile de surcroît. Outre le fait de dépasser sa timidité, il lui faudrait éviter les pièges inhérents à ce genre : la vulgarité, les descriptions chirurgicales peu sensuelles et enfin la banalité car bien souvent l’histoire n’est qu’un prétexte pour amener l’action.

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A la recherche de l’inspiration, elle alla jeter un œil sur le blog qu’il gérait. Cela faisait quelques semaines maintenant qu’elle suivait fidèlement ses publications. Elle aimait son écriture fluide, et précise, son imagination fertile. Il n’hésitait pas non plus à employer des mots crus, à décrire des scènes violentes ou à parler de sexe sans fard. Et cela l’excitait. Cela renforçait l’image virile qu’elle se faisait de lui.

Elle avait appris à le découvrir un peu à travers ses récits. Il leur était arrivé également de correspondre de manière plus privée mais cela restait assez épisodique. Elle n’aimait pas parler pour ne rien dire et il n’était pas non plus du genre bavard. Et puis, pourquoi se presser ? Ils avaient tout le temps du monde pour apprendre à se connaître.

Elle redressa le buste en souriant. Ça y est ! Elle la tenait, son idée…

Alors, ses doigts se mirent à courir sur le clavier et elle raconta. Elle lui raconta. L’effet que produisait sur elle ses nouvelles. Combien son écriture la faisait fantasmer, combien elle donnerait cher pour être l’une de ses héroïnes ; qu’il la caresse avec rudesse sous l’emprise de la passion, qu’il la prenne avec ardeur sans dire un mot…

Elle lui révéla comment, lors de sa dernière lecture, elle avait remonté sa nuisette et entrouvert les jambes. Qu’elle avait humecté ses doigts de salive, que sa main était descendue lentement le long de son corps ; que, de l’autre, elle avait entrepris de se caresser voluptueusement les seins, pinçant leurs extrémités jusqu’à les sentir se dresser.

Elle lui raconta le soupir d’aise que ses doigts polissons lui avaient arraché quand elle les avait faits pénétrer en elle ; la montée de son désir qui avait abondamment humidifié son entrecuisse ; son bouton qu’elle avait titillé longuement au gré des sensations et de son envie et enfin, la vague de plaisir qui avait finit par lui submerger le bas-ventre.

***

Elle savait le pouvoir que les mots avaient sur lui. Elle savait que sa queue raidirait lorsqu’il lirait sur son blog à elle ce court récit par lequel elle lui dévoilait son attirance. Révélation offerte à ses yeux mais aussi au tout venant. Car ce texte serait public. Mais lui seul pourrait s’identifier comme en étant le destinataire. Démarche totalement impudique et d’autant plus troublante, mélange subtil de fiction et de réalité… Elle savait qu’il se sentirait mal à l’aise d’être ainsi instrumentalisé. Mais elle était espiègle et aimait trop jouer. Il l’avait défiée, elle avait relevé le gant.

Elle se relut une dernière fois et, en jubilant, cliqua sur le bouton « Publier ».

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Solitudes…

11 novembre 2011 at 12:23 (Amours de femmes)

La sonnerie du GSM la fit sursauter malgré elle. C’était idiot, elle s’attendait à son appel. Elle décrocha et prononça un « Allô ? » quelque peu intimidé mais souriant. Une voix masculine, bien plus assurée que la sienne, enjouée presque, lui répondit, brisant la quiétude de la nuit.

Ils correspondaient depuis plusieurs semaines par le biais d’un site internet. Leurs échanges, d’abord sporadiques, étaient devenus plus soutenus. Il était devenu évident qu’elle lui plaisait et qu’il recherchait sa compagnie. Elle, au contraire, n’envisageait rien de plus avec lui qu’une relation amicale. Ce n’était pas un homme pour elle, elle le savait. Mais leurs discussions étaient néanmoins agréables. Ce soir-là, il lui dit qu’il en avait assez de causer à un écran : « C’est tellement froid, impersonnel. Je peux te téléphoner ? » Elle hésita. Parler de vive voix, c’est devenir plus intime. Mais finalement, elle céda et lui donna son numéro.

Un bref instant, elle s’était demandée si le changement de média allait briser le charme mais finalement, il n’en fut rien. Il était très volubile et il lui confia ses rêves, ses projets, ses espoirs. Jusqu’ici, il n’avait pas rencontré de femme avec qui fonder un foyer, avoir un enfant. Il rénovait sa maison et y aménageait une chambre pour un hypothétique bébé : « On ne sait jamais. Au moins, si ce jour arrive, tout sera prêt »…

Un homme, une femme, dans la nuit. Deux solitudes dans l’infini. Que tout pourrait réunir et pourtant…

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