L’amant

7 avril 2011 at 14:23 (Amours de femmes, Liberty, libertine...)

Perdue dans ses pensées, les yeux rivés sur les pavés, elle traversa la rue sans prendre la peine de regarder si une voiture arrivait. Encore quelques mètres et elle se retrouverait devant la porte.

Elle appuya sur la sonnette. Le bruit d’un horrible carillon désaccordé lui vrilla les tympans. L’ouvre-porte s’actionna et elle entra. La taulière, une soixantenaire alerte et fluette, vint à sa rencontre. Sans qu’elle eût à lui poser la question, celle-ci lui indiqua le numéro de la chambre. Cette fois, c’était au dernier étage.

Elle gravit lentement l’escalier, faisant grincer malgré elle les marches en bois recouvertes de vinyle imitation… bois. A mi-chemin, elle s’appuya contre le mur pour céder le passage à un couple qui descendait à vive allure. Il devait avoir la cinquantaine. Il était bedonnant et mal fagoté. Elle semblait être encore jeune, la trentaine peut-être, mais son regard était déjà éteint. Arrivés en bas, une dispute éclata entre eux et la femme se mit à proférer ce qui semblait être des injures dans un sabir incompréhensible.

Elle frappa trois coups légers et il vint lui ouvrir. Il était nu et bandait déjà. Il lui passa une main dans le cou, l’attira brusquement à lui et se mit à l’embrasser avidement. Leurs langues se mêlèrent. Elle lui rendit longuement son baiser, plaquant son corps contre le sien, passant ses doigts dans ses cheveux. Rien qu’à le voir, à le toucher, il l’excitait, la rendait folle de désir.

Il se mit à la caresser, elle continua de l’embrasser. Il fit tomber sa veste, glissa ses mains sous son pull léger, l’enserra contre lui dans une étreinte frénétique, couvrit ses seins, son cou, son ventre de baisers.

Elle ne tarda pas à se retrouver nue à son tour et ils firent l’amour comme ils le faisaient à chaque fois : passionnément…

Elle se détacha de ses bras, repue, épuisée. Il lui jeta un regard amusé, les yeux brillants. Il savait comment la dompter, la combler et en était fier. Ils se rhabillèrent en silence, échangeant à peine un mot ou deux. Juste avant de quitter la pièce, il lui plaqua un dernier baiser sur les lèvres, comme un « merci ». Ils descendirent et il paya la chambre. Puis, ils sortirent et, tout en échangeant encore quelques banalités et se séparèrent enfin. Jusqu’au prochain rendez-vous…

Perdue dans ses pensées, les yeux rivés sur les pavés, elle traversa la rue sans prendre la peine de regarder si une voiture arrivait. C’était indéniable, elle adorait les moments qu’elle passait en sa compagnie. C’était le meilleur amant qu’elle avait jamais eu. Il savait lui faire tourner la tête comme personne. Et pourtant…

Pourtant, après, elle ne pouvait s’empêcher de se demander à chaque fois pourquoi elle revenait.

7 commentaires

  1. leon said,

    quelques centaines de mots pour « l avant », quelques centaine de mots pour « l apres », et « et ils firent l’amour comme ils le faisaient à chaque fois : passionnément… » 12 mots pour le pendant…
    hum…
    amant rime avec pendant, mais bon…moi, ce que j en dit…

    • Ghost Girl said,

      Faut pas toujours tout raconter. Laisser l’imagination du lecteur travailler, c’est bien aussi. De nos jours, on ne fait plus assez travailler son imagination…

      Gniark !

      • Leon said,

        oui mais quand meme, 12 mots pour decrire le « pendant », 17 pour decrire l’escalier…

        • Ghost Girl said,

          Le « pendant » n’est qu’accessoire. Ce n’est pas une nouvelle érotique, c’est une histoire humaine. L’escalier a plus d’importance car il contribue à planter le décor et à instaurer l’ambiance miteuse du récit. Désolée mais je suis comme ça, moi : je n’aime pas me perdre en descriptions inutiles. Oui, je sais, cette réponse ne te satisfait toujours pas. Désolée mais je suis comme ça, moi : j’aime bien laisser un sentiment de frustration parfois…

          Héhé !

  2. leon said,

    c est le titre qui ne convient pas alors, ici, l amant a encore moins d inportance que l escalier…

    la socle, c est elle, l amant n est qu un accessoire…il rempli une fonction mais inspire moins que l escalier…

    • Ghost Girl said,

      Mais quelle teigne tu fais ! Bien sûr que si ! Sans lui, elle n’aurait jamais monté cet escalier et il n’y aurait pas d’histoire. Le récit porte sur la réflexion que lui inspire cette relation, qui paraît si satisfaisante à première vue puisqu’elle s’éclate sexuellement mais qui la laisse tellement insatisfaite à cause de la superficialité des rapports affectifs qu’il y a entre eux.

      Ah là là ! Tout ça parce qu’il n’y a pas de cuculpanpan. C’que tu peux être « banal » ! (Et paf dans le râtelier !)

      • Ghost Girl said,

        J’ajouterais même que le titre est tout à fait justifié puisque c’est cette relation avec cet homme qui lui fait prendre conscience de la vacuité du statut de maîtresse (en tout cas, la plupart du temps).

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